Le Dieu Employé
Maintenant que Frank a craché son venin sur les employeurs (bon, je dis ça juste pour le faire fâcher), c’est à mon tour de parler du Dieu Employé (et de la Déesse Employée).
Comme j’ai déjà dit, j’étais un chien dans mon ancienne vie et mon maître s’appellait Bertrand (décidément, nous faisons une surutilisation du nom Bertrand). Bertrand travaillait dans une grande entreprise, une très grande entreprise. Des milliers d’employés y travaillaient aussi. Bertrand ne savait pas trop ce qu’il y faisait, il n’était pas engagé pour travailler mais plutôt pour gonfler l’égo du vice-président qui voulait se monter “une grosse équipe”. Tout le monde flottait dans leur environnement de travail chaud et humide tels des bébés dans le ventre de leur mère.
Bertrand n’aimait pas son travail et il ne se gênait pas pour le dire à tout le monde, sauf à son employeur. Même si il n’avait pas vraiment de tâches précises, tout ce qu’on lui demandait était “hors de sa liste de tâches” et de toute façon, c’était le travail de quelqu’un d’autre. Quand ce quelqu’un d’autre avait effectué le travail à la place de Bertrand, celui-ci se plaignait à quel point ça avait été mal fait et que si ça avait été lui qui s’en serait occupé, ça aurait été mieux… tellement mieux.
En plus, les conditions de travail de Bertrand étaient exécrables : 35 heures par semaine, temps supplémentaire payé en temps et demi, assurances collectives, soupers payés lorsqu’il devait rester plus tard que 18h00, possibilité de mettre du temps en banque et le réutiliser quand bon lui semble, etc.
Bertrand et ses collègues étaient les Dieux Employés : la compagnie devait leur donner tout sans qu’eux aient à leur redonner quoi que ce soit, même pas du bon travail.
Bien sûr, Bertrand avait de l’ambition. Il attendait patiemment qu’on lui donne une échelle pour grimper dans la hiérarchie. “Il faut laisser le temps prendre son temps” qu’il me disait en me flattant maladroitement derrière les oreilles. Par contre, tout le monde passait avant lui mais ils avaient tous une bonne raison : lui est le fils du président, lui est ami avec le vice-président, elle a couché avec le directeur.
Aujourd’hui, Bertrand est mort. Il a eu une attaque du coeur. Il est mort sans avoir monté dans la hiérarchie et sans avoir aimé son travail. Il était tellement obsédé par sa haine qu’il n’a pas pu rien vivre d’autre. Il n’avait pas de talents, il n’avait pas d’amis, il n’avait pas de compétences et personne ne l’aimait vraiment. Il avait seulement un chien et c’était moi. Jusqu’à sa mort, j’ai été son seul subordonné hiérarchique et j’en ai payé le prix. Je devais me tenir droit, ne pas le dépasser lorsque nous marchions ensemble et ne pas le regarder dans les yeux sinon j’avais une gifle derrière la tête. En fait, je pense que Bertrand m’avait acheté seulement pour ça : être mon boss et me le faire savoir.

Mais Bertrand aurait pu être autre chose. Si il s’était lui-même respecté, il aurait attiré le respect de son employeur. Bertrand n’aurait jamais dû baisser les yeux devant son Dieu Employeur, ne jamais lui laisser le contrôle sur sa vie. Il aurait dû lui parler d’égal à égal. Ne pas perdre son temps à vomir sa haine de l’employeur devant les autres employés et régler le cas directement avec son patron. Peut-être cette tactique n’aurait pas fonctionné ou que ça lui aurait valu une mise-à-pied mais il aurait trouvé un autre travail. Jusqu’au jour où il aurait vraiment trouvé l’emploi qu’il aime, dans lequel il respecte les autres et se sent respecté.
Ce Bertrand me fait penser à l’employé typique d’un certain âge… blasé, amer et surprotégé par un syndicat. J’ai eu l’impression d’en croiser plusieurs à mon premier emploi. J’espère qu’ils n’ont pas de chien…
C’est une histoire un peu cruelle mais vraiment très réaliste que tu nous racontes là.
Si j’ai montré Bertrand d’un angle *un peu* plus positif hier, tu viens quant à toi d’afficher son côté sombre. Je pense qu’on tient un personnage!
Je trouvais cette histoire réaliste. Souvent, le monde se plaignent de leur état mais ils en sont les seuls responsables. Comme c’était le cas du Bertrand de ton post.
Peu importe le métier, le poste occupé, le sexe, la race, l’âge, etc… y’a toujours du monde poche. Il y a quelque part des employeurs correct et pas mal d’employés loyaux, faut juste ne pas travailler dans la fonction publique et/ou être syndiqué (peut contenir des traces d’arachides).
Bon, je vais effrontément parler de mon article dans les commentaires de ton article.
Est-ce que Bertrand aurait dû en parler à son boss? Sûrement… mais on s’en fout un peu. La personnalité de Bertrand dans mon article a eu plus d’attention que je pensais. J’aurais du faire de Bertrand un homme accompli qui dit toujours ce qui pense. Ça aurait rien changé au texte, mais au moins Bertrand aurait pas eu toute l’attention.
On peut bien dire que c’est de sa faute et qu’il avait juste à en parler à son boss, c’est vrai au fond. Quoi qu’il en soit moi je voulais plutôt mettre l’emphase sur la situation… pas sur les travers d’un des personnages.
Dan, du monde louche il va y en avoir partout… que ce soit des employeurs ou des employés. Toute est question de relativisation, faut être capable de composer avec ce qu’on nous offre, si on est pas capable… faut changer de job .
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Moi aussi je vais effrontément parler de ton post Frank…
Y’étaits tu payé (et/ou heure en banque… même si pas temps et demi) pour son over Oui ou Non le Bertrand?
Ça m’enleverais une épine dans le pied dans mon analyse du sujet…
Le Bertrand de l’histoire à Dan est dans le tord (avec un t ou un d?) d’un bout à l’autre selon moi. Il veut tout recevoir sans rien donner. Finalement, plus j’y pense, plus je trouve que ce Bertrand n’a rien à voir avec le Bertrand de mon histoire.
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PM, (on est vraiment en train de squatter le post à Dan)
Au moment où j’écrivais le texte, je n’ai pas pensé à ça. Mais Bertrand n’était pas payé temps et demi ça c’est officiel. Mettons que Bertrand pouvait reprendre ses heures supplémentaires en temps (quand ça “adonnait” à la compagnie).
Bref, il n’y avait pas vraiment d’abus côté “légal” dans cette histoire. Bertrand n’a tout simplement pas aimé se faire obliger de faire du temps supplémentaire parce qu’il juge que son temps après 17h (mettons qu’il fini à 17h) appartient à lui et à personne d’autre. Là-dessus je suis bien d’accord avec lui.
Mais le but, comme dit PM, c’est de faire voir qu’il existe plein de réalités. Tous les employeurs ne sont pas méchants, tous les employés ne sont pas gentils. Il me semble qu’il existe environ 255 niveaux entre la méchanceté et la gentillesse et la combinaison de tout ça entre tous les employés VS leur employeur donne des résultats très différents.
Vous avez déjà remarqué à quel point que l’atmosphère de travail peut être différente quand il y a juste un employé/boss qui change? Ça peut faire toute la différence.
Ben raison…
Je sais que je peux paraître dur envers les employeurs… mais sérieusement je ne suis pas si sanguinaire que ça… je sais qu’il y en a qui ont ben de l’allure.
Il faut juste être prudent. J’ai l’impression que plusieurs employeurs manipulent leurs employés avec des techniques à 5 cennes : “Dis lui qu’il est bon, il va être content pis il va travailler plus fort”, “Dis-lui qu’il est important, il va avoir un meilleur sentiment d’appartenance et il va en donner plus”. J’aime pas ça. Ça me donne l’impression que c’est un jeu pour eux autres. Un jeu où les pions sont des humains.
Je veux pu me faire lancer de nonosses!
Je suis pas assez biaisé pour dire que les employés ont toujours raison, bien évidemment. C’est juste que dans mes expériences personnelles, ça m’est jamais arrivé de voir une situation où c’est l’employé qui abusait, peut-être parce que j’ai jamais travaillé dans le public (AHHHH! là tu es de mauvaise foi Frank!). C’est peut-être pour ça que ça me touche moins.