Discussion technique inintéressante

Samedi près de l’heure du souper, on se rend à la SAQ pour s’acheter une “bonne bouteille de vin”. Un vendeur arrive vers nous et se met à nous parler. Étant totalement désintéressé, je me mets à courir après un papillon avec un entrain enfantin pendant qu’il continue de parler avec la personne qui était avec moi. Je reviens une minute plus tard et il est encore en train de parler. Il parle de cépage, de raisins, de régions, de goût beurre et goût citron. Jusqu’au moment où il dit : “C’est du chinois ce que je dis han?”. Je lui réponds avec empressement : “Ouais” et il s’en retourne fier d’avoir gagné la bataille du vendeur/connaisseur sur le client/ignorant.

Mes connaissances en vin

Je peux résumer l’étendue de mes connaissances en vin en peu de mots : rouge, blanc, fort, acide, bon et mauvais. C’est tout ce que je sais et c’est tout ce qui m’intéresse. Par contre, l’effet bénéfique de ma désagréable rencontre avec un désagréable “conseiller en vin” est de me faire goûter à ce que j’ai déjà trop fait goûter à des gens pas à l’aise avec la technologie qui s’en foutent autant que moi je n’ai rien à cirer du vin.

#1 Reconnaître le niveau

Quand on doit parler techniquement à quelqu’un, la première étape est de reconnaître le niveau technique de la personne. C’est pas toujours facile mais c’est plus simple qu’on peut le penser. Tout d’abord, si la personne aborde un “conseiller en vin” avec la question “qu’est-ce que j’achète si je mange du pâté chinois?”, on peut aisément conclure que je ne connais rien. C’est mon cas. Si il demande “entre tel et tel vin, lequel fait ressortir le plus le goût de tel aliment? (veuillez élaborer votre réponse en plus de 500 mots) “, il est facile de se rendre compte qu’il connaît plus ça. Dans le cas du conseiller en vin désagréable, il avait correctement identifié mon niveau de connaissance.

#2 S’abaisser au niveau

Le conseiller désagréable n’a pas su se rendre à l’étape #2. Quand je dis, “s’abaisser” ça implique qu’on a nécessairement plus de connaissance que la personne en face de nous. Il ne faut pas essayer de s’élever seulement dans le but d’avoir l’air connaisseur. J’ai souvent eu des proches qui sont abonnés au mauvais service Internet Sympatico. Il arrive souvent que “ça marche pu”. J’arrive et j’arrange le tout. Le problème vient au moment où il faut que j’explique qu’est-ce que j’ai fait pour le réparer. Si je commence à parler qu’il avait changé la configuration de la connexion PPPoE, il va être impressionné mais ça va rien lui dire. Par contre, si je dis “j’ai reconfigurer le modem en le faisant appeller au bon numéro de téléphone”, j’ai des chances de l’intéresser un peu plus. Il comprend ce qu’est un modem, il comprend que le numéro de téléphone n’était plus le bon, il comprend le problème.

Je vois souvent des gens incapables de s’abaisser quand ils se font poser la question “c’était quoi le problème?”. Les technologistes sont tout contents qu’on s’intéresse enfin à eux et à leur problème et se lancent dans des explications interminables et inintéressantes. Pourtant la personne se serait contentée de “C’était un problème avec le serveur et c’est réglé”.

#3 Être capable de faire apprendre

J’aimerais peut-être en apprendre sur le vin si je rencontrais autre chose que des conseillers en vin désagrables. Je suis tellement loin de leur monde qu’ils le ressentent. Je n’aime pas être en leur compagnie et il n’aime sûrement pas la mienne. Mais il m’est arrivé de parler avec des gens qui n’étaient pas des conseillers désagréables mais des “gens qui aiment le vin” et j’aimais bien discuter avec eux. J’avais des questions stupides et ils me répondaient quand même. Je peux pas dire à quel point j’ai appris de ces conversations, mais je peux dire que j’éprouvais le besoin d’en savoir plus. Peut-être que j’aurais été intéressé si le conseiller désagréable m’avait expliqué ce qu’est un cépage (j’ai l’impression que c’est quelque chose d’important mais je ne sais pas du tout c’est quoi).

Un dernier point qu’il ne faut pas oublier c’est que ce qui nous intéresse n’intéresse pas tout le monde. Il faut s’attendre à ce que quelqu’un n’ait aucune envie d’en apprendre plus sur le vin (ou sur le développement web) qu’il en sait déjà. Ça peut passer comme de la paresse et/ou de la stupidité mais on ne peut pas s’intéresser à tout et être ouvert au changement. La plupart du temps, je veux arriver, prendre ce que je veux et repartir… le tout en moins de 5 minutes.

5 commentaires sur cet article

Commentaires

  1. Frank 26 Fev

    Tu m’as bien fait rire ce matin Dan. Je t’imagine tellement courir après un papillon en riant dans les allées de la SAQ!

    Sérieusement, je vois exactement de quoi tu parles. Ce genre de choses m’est déjà arrivé. Une fois le problème réglé, la personne me demandait toute contente : “Et puis, c’était quoi le problème finalement?”. Je commencais par la méthode “dire tous les termes techniques” mais quand je voyais le vide, l’incompréhension et l’ennui dans ses yeux, je finissais par lui dire “… ben en tk… là ça marche”

  2. Alex 26 Fev

    Je fais ça pratiquement tout les jours. Je fais énormement de soutien technique et quand les clients raccrochent ils ont compris tout ce que je leur disait. J’aime bien les amener à réfléchir un peu à leur problème sans leur donné tout cru dans la bouche. Ils sont davantage satisfait quand ils “trouvent” la réponse par eux-même.

  3. Dan 26 Fev

    C’est vraiment pas fou ça : aidez le client à trouver lui-même la réponse à son problème. Ça augmente la “confiance en eux” envers l’application et la prochaine fois, ils essaieront d’appliquer la même logique pour trouver la solution à un autre problème.

  4. Emile 26 Fev

    Dans un ancien emploi où je vendais et et réparait de l’équipement informatique, le gérant m’avait expliqué comment aborder le client pour éviter les tracas : “Faut que tu montres au client que tu connais ça plus que lui sinon il va t’obstiner”.

    En faisant du technicien informatique à domicile à mon compte, lorsque j’avais besoin de pièce j’achetais chez mon ancien employeur. Quand je disais où je prenais mes pièces aux clients, j’avais souvent droit à un commentaire sur le service merdique et facilement à 3 reprises, on m’a précisé qu’il s’agissait du gérant (en me le décrivant.. yé dur à manquer).

  5. […] développeurs afficheraient un sourire méprisant du développeur/connaisseur sur le client/ignorant et expliquerait avec un pointe de sacarsme : “c’est impossible à faire en si peu de […]

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