Ben : De Trois-Rivières à Montréal
La première de la série Les plus ou moins grandes entrevues se fait avec Ben (Benoît Pruneau). Il est un programmeur/analyste de la Mauricie, région de Trois-Rivières (Shawinigan plus exactement), qui a déserté la région pour aller travailler à Montréal. Je lui pose des questions pour savoir ce qui l’a motivé.
Salut Ben (là il faut juste que tu répondes “Salut Dan”)
Salut Dan!
Quel est ton “background” de programmeur à Trois-Rivières?
Premièrement, je suis originaire de St-Boniface, et j’ai demeuré la plupart du temps dans la région de Shawinigan.
J’ai travaillé pour Abitibi-Consolidated, à Grand-Mère, pendant quatre ans. Déjà, j’étais attaché à la région et désirais y travailler longtemps, mais les mouvements de personnel et les mises à pied massives ont eu raison de ma carrière chez Abitibi. Après m’être essayé comme travailleur indépendant pendant quelques mois (et constatant un échec cuisant), et vu la rareté de l’emploi bien payé en région, j’ai déserté une première fois pour Vidéotron, puis Conceptum, à Montréal. Nous avons déménagé à Longueuil, mais ça n’a pas duré, puisque lorsque mon épouse a appris qu’elle était enceinte, nous avions décidé d’un accord commun que nous n’élèverions pas nos enfants à Montréal. J’ai donc quitté mon emploi et sommes déménagés à Charette.
Après avoir travaillé à partir de chez moi pour une boîte de programmation de Québec, j’ai fait régulièrement application pour les entreprises de la région. ICO Technologies fut le premier à manifester son intérêt, et j’ai travaillé pour ICO pendant deux ans.
Qu’est-ce que tu aimais à Trois-Rivières?
J’aime la proximité, l’accueil de ses habitants. Et puis, bien c’est en Mauricie que ma famille et celle de ma conjointe sont, alors ça favorise les rapprochements. C’est pas trop ville, ni trop fond de campagne. Pour les enfants, c’est extra.
Qu’est-ce qui t’as vraiment poussé à aller travailler à Montréal?
Je ne trouvais pas d’emploi satisfaisant en région. Pendant mon séjour chez ICO, je me suis rendu compte que le développement web est beaucoup plus satisfaisant que le développement d’applications installés sur poste de travail. De plus, pour développer, il y a plein d’outils performants et gratuits! Pas besoin de kit de développement comme ce fut déjà le cas avec VB, Delphi ou Foxpro. Ce que je trouve dommage, c’est que les sites web régionaux sont généralement peu innovateurs, et produits comme des Big Macs. C’est normal, puisque l’audience visée, régionale elle aussi, ne justifie pas l’innovation.
Ce que je trouve dommage, c’est que les sites web régionaux sont généralement peu innovateurs, et produits comme des Big Macs.
J’ai appliqué alors comme développeur web chez Juste pour rire, et j’ai eu le poste. C’est un grand honneur pour moi de travailler pour une organisation qui rayonne toujours au Québec et même autour du monde. Dans plusieurs entreprises, on me parle de coupures budgétaires, des décisions des actionnaires, de rendement, etc. Ici, c’est un autre monde, un monde où tu rencontres des gens intéressants, où tu croises des humoristes dans les corridors, où tu parles de plan de match avec Laurent Paquin ou Jean-Marc Parent pour la refonte de son site web, la routine, quoi…
Quelle est l’augmentation de ton salaire (en pourcentage) et quelles sont des conditions de travail?
Puisque ma famille est restée à Shawinigan et que je dois louer une chambre sur l’île et que je dois me voyager le lundi et le vendredi, l’augmentation de mon salaire est diminuée quand même beaucoup. Mais je dirais qu’au brut, j’ai environ une fois et demie mon salaire moyen mauricien.
Est-ce que tu penses que c’était impossible d’atteindre ces conditions dans la région de Trois-Rivières?
Il aurait fallu partir à mon compte. J’ai essayé, mais ce n’est pas ma tasse de thé. En région, on ne veut pas de seniors. Ceux qui veulent se partir en entreprise et qui engagent des seniors, il déménagent leur entreprise à Montréal de toutes manières, alors on s’en sort pas. J’aime la Mauricie pour y vivre, mais le travail intéressant est à Montréal. En tout cas, pour moi, pour le moment.
J’aime la Mauricie pour y vivre, mais le travail intéressant est à Montréal
Est-ce que tu as eu un enfant récemment? Si oui, comment est-ce que ce petit être humain a changé ta vision de ton travail?
J’ai quatre enfants. Je ne veux pas les élever à Montréal. Montréal, ce n’est pas fait pour les enfants. Ma blonde a fait un stage dans une garderie en milieu scolaire, et de voir le train de vie de leurs parents, c’est pas bon pour leur développement. On doit s’occuper de nos enfants, pas les laisser à la garderie jusqu’à cinq heures et demie! Il faut trouver du temps pour s’en occuper. Mes fins de semaine, je les passe au maximum avec mes enfants. De un pour qu’ils voient leur père, de deux pour que ma blonde se repose… Je veux qu’ils aient accès à la forêt, à la terre. Je ne veux pas qu’ils ne voient que du béton et de l’asphalte, comme dans les écoles de Montréal.
Quand je vois des enfants de 3, 4 ans, avec un dossard orange fluo sur le dos, tenant une grande corde et entrant dans le métro… c’est tout juste s’ils ne sont pas tenus en laisse… J’ai juste l’impression qu’ils ne sont pas à leur place. À part en période estivale, quand il y a des activités, des expos, Montréal n’a rien à leur offrir. Montréal est pour les grandes personnes.
Quand je vois des enfants de 3, 4 ans, avec un dossard orange fluo sur le dos, tenant une grande corde et entrant dans le métro… c’est tout juste s’ils ne sont pas tenus en laisse…
Lorsque je n’avais pas d’enfant, je vivais pour mon travail. Il y a eu une année où j’étais célibataire et que c’est tout juste si je ne dormais pas au travail. Ce fut pourtant la pire année de ma vie, puisque je ne voyais presque pas ma famille (celle en amont), et que, les rares fois que je voyais les membres de ma famille, je n’avais pratiquement pas d’autre chose à raconter que ma job, sujet inintéressant pour le commun des mortels.
Avoir des enfants, ça te fait allumer qu’avant de savoir comment monter une page web, tu dois savoir écrire toutes les lettres de l’alphabet, savoir compter, savoir mesurer, savoir rédiger un texte… Tes enfants te prennent alors pour un héros, et ils ont raison!
Avoir des enfants, ça te fait allumer qu’avant de savoir comment monter une page web, tu dois savoir écrire toutes les lettres de l’alphabet, savoir compter, savoir mesurer, savoir rédiger un texte…
Par où veux-tu amener ton avenir à Montréal?
J’en ai aucune idée. Ai-je vraiment un avenir à Montréal? Pour l’heure, j’ai un avenir où je travaille: tout est à faire chez Juste pour rire, et les projets web pleuvent avec les multiples activités et événements de l’entreprise. Je veux faire mon bac en informatique pour éventuellement l’enseigner plus tard, au cégep…
Ai-je vraiment un avenir à Montréal?
Est-ce que tu penses revenir en région un jour?
Officiellement, je n’ai pas quitté ma région. Nous prévoyons nous acheter une maison à St-Mathieu-du-Parc, là où nos enfants vont à l’école actuellement. C’est d’ailleurs pour ça que je travaille à Montréal… Peut-être que je vais toujours faire cette routine, peut-être qu’à mesure, je trouverai une façon de faire du télétravail à partir de la Mauricie, je ne sais pas.
Merci ben Ben (là, il faut que tu répondes “Ça me fait plaisir Dan”)
Ça me fait plaisir, Dan!
Le site web dont je fais le développement et l’intégration présentement: http://www.hahaha.com/ . Regardez-le maintenant, parce qu’en décembre vous ne le reconnaîtrez plus!
Merci à Ben d’avoir accepté de répondre à l’entrevue. J’ai bien hâte de voir le nouveau site de juste pour rire!
Intéressante cette entrevue! Ben, tu peux être sur que ton point de vue sur la région (qui d’aileurs rejoint beaucoup le miens…) va se retrouver dans un de mes posts prochainnement. Si t’es d’accord bien sur …
C’est le fun ce concept d’entrevue la… on en veut plus!
Faut savoir que l’humour prend une grande dans la vie de Ben depuis longtemps. Je te lève mon chapeau d’avoir eu le courage d’aller voir si l’herbe est plus verte sur la “colline verdoyante” de Windows Xp à Montréal qu’ici. Ton expérience risque d’être enrichissante mais reste qu’on est une gang à expérer que la situation s’améliore pour rapatrier ceux qui ont fait le même choix que toi.
Je suis ben content de comment ça a sorti. Vous pouvez être certain qu’il va y en avoir plus et qu’on va essayer de faire ça en région. J’essaie tout de même d’avoir une entrevue avec Hugh Hefner au cas où…
Good Job Ben, j’espère avoir ton courage un jours. Pour l’instant je m’en tient à faire des bébés.
Ça fait drôle d’être un sujet d’article… Vous essayerez ça, un jour…
[…] j’ai lu un texte sur Triabulle qui m’a frappé. C’est une entrevue réalisée par Dan avec Benoît Pruneau, un programmeur/analyste de la Mauricie, région de Trois-Rivières (Shawinigan plus exactement), […]
Ben, tu as raison dans ce que ta dit
On a travailler ensemble chez ICO et je ni travail plus depuis Novembre 2006. Si tu as des contacts pour des emplois ou si tu veux être en contact avec moi, tu peux m’écrire a yaris2006@videotron.ca
Faut savoir que l’humour prend une grande dans la vie de Ben depuis longtemps